Foum Zabel : le tunnel du légionnaire

Publié le par Christophe

"Percer du granit, une montagne de granit. L'homme peut tout faire. Ce jour là, je n'ai pu m'empêcher de penser cela. Quand l'homme est un légionnaire, naturellement." témoignera un légionnaire à la fin de la construction du tunnel de Foum Zabel au Maroc en 1928.

En mars 1927, les légionnaires de la Compagnie de sapeurs pionniers du 3ème Régiment Etranger d'Infanterie reçoivent la mission de réaliser une voie de communication carrossable de cent cinquante kilomètres. Ce projet a pour objectif de faciliter la réduction des poches de résistance rebelle actives dans la région. Epaulés par leurs camarades des autres régiments étrangers alors en place, les légionnaires sapeurs entament un travail de géants qu'aucun sultan du Maroc n'osa jamais réaliser. Les défis techniques sont nombreux et les conditions climatiques éprouvent fortement les organismes.

Au cent-onzième kilomètres pourtant, les gorges du Ziz réservent à la Légion un tout autre défi pour ses sapeurs pionniers. Entourée de deux djebels cuminant à plus de deux mille mètres d'altitude, l'aride vallée est étroite, mais surtout bloquée par un éperon rocheux aux pentes abruptes, le Foum Zabel. Il est impossible de le contourner et il faut donc passer au travers à une hauteur de cinquante mètres au-dessus du niveau de l'oued afin d'éviter toute inondation en cas de crues.

Le 24 juillet 1927, les quarante-deux légionnaires de l'adjudant Michez débutent les travaux par l'aménagement d'un accès au chantier. Le percement du tunnel commence en octobre avec pour seuls moyens la farouche volonté et l'énergie des muscles. Sans engin mécanique, les sapeurs pionniers attaquent la roche à coup de pic, de barre à mine et d'explosifs. Le soleil marocain se réverbère sur les parois environnates la journée, tandis que le froid des nuits disloque les roches et provoque de nombreux éboulis. Dans le ventre de la montagne, la poussière des détonations, la chaleur et l'absence de ventilation sont le quotidien de ces hommes hors du commun. Les blessés sont nombreux et le Foum Zabel emportera la vie du Légionnaire Rauchert, mortellement blessé par une explosion au cours du chantier. Le 6 mars 1928, le tunnel est entièrement percé et ses dimensions impressionnent : soixante-deux mètres de long, six mètres de large et trois mètres de hauteur. Travaillant sans relâche pendant plus de six mois, les légionnaires ont triomphé du granit rouge. Conscient de l'importance stratégique de l'ouvrage colossal accompli par les légionnaires, le général Lyautey déclara alors : "Un chantier vaut bien une bataille."

Les années ont passé. A l'entrée du tunnel, les écussons et les grenades à sept flammes sculptés par les Anciens se sont effacés. Mais sur le côté droit, l'inscription suivante défie toujours le temps :

LA MONTAGNE BARRAIT LA ROUTE.

L'ORDRE FUT DONNE DE PASSER QUAND MEME.

LA LEGION S'EXECUTA.

Octobre 1927 - Mai 1928

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Publié dans casarebel

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